Journal de Janvier 2019: Deux anciens dirigeants cambodgiens Khmers Rouges condamnés pour génocide

L’ancien président khmer rouge, Khieu Samphan, et l’ancien numéro deux du régime du Kampuchea Démocratique, Nuon Chea, ont été jugés le 16 novembre 2018 coupables de génocide au Cambodge par les tribunaux cambodgiens, soutenus par les Nations unies, et condamnés à une peine d’emprisonnement à perpétuité. Les deux hommes avaient déjà été reconnus coupables de crimes contre l’humanité lors d’un premier procès et condamnés à une peine de réclusion à perpétuité en 2014.

Ce second procès ne concernait pas les massacres de masse commis contre la majorité khmère par le pouvoir Khmer rouge entre 1975 et 1979, massacres qui ont causé la mort de près d’un Cambodgien sur cinq, environ 1,7 million de personnes. Un “processus d’auto-purification ethnique” au nom de la splendeur passée de l’Empire khmer selon Jean-Michel Filippi, professeur de linguistique à l’université royale de Phnom Penh. Il concernait les massacres ciblés des minorités vietnamiennes, de la communauté musulmane cham et d’autres minorités religieuses.

Depuis l’adoption de la Convention de Genève de 1948 portant sur le crime de génocide, seuls les génocides des Tutsis au Rwanda en 1994 et celui des Bosniaques à Srebrenica en 1995 ont été reconnus comme génocide par les tribunaux internationaux. La condamnation des deux dirigeants Khmers rouges est donc un événement capital pour la justice internationale et pour le peuple cambodgien.

Ce procès pour génocide a été rendu difficile par la lenteur du travail des tribunaux, en raison de la réticence des autorités du pays à juger les anciens dirigeants khmers rouges et leur refus de voir juger les cadres intermédiaires. Pol Pot, chef des Khmers rouges est mort en 1998 sans avoir été inquiété par la justice. Rappelons que l’actuel Premier ministre (depuis 1985) et l’homme fort du Cambodge, Hun Sen, est lui-même un ancien transfuge khmer rouge qui avait fait défection en 1977 auprès du Vietnam pour échapper aux purges du régime de Pol Pot. Un rapport de juin 2018 de Human Rights Watch souligne que Hun Sen est entouré d’anciens cadres khmers rouges suspectés de graves violations des droits de l’homme, en particulier parmi les généraux, et que son gouvernement réprime toute opposition politique et toute critique de la société civile.

Ce procès a permis aux victimes de se confronter aux responsables du régime khmer rouge et de voir deux de ses plus importants dirigeants condamnés pour génocide.

Ce sont près de 350 000 Cambodgiens qui ont assisté aux audiences du tribunal, et les jeunes générations connaissent désormais l’histoire souvent tue de leurs parents. Un travail de mémoire et d’histoire essentiel pour le peuple cambodgien et un futur pacifié.

Rose Lallier

N.B. : la mise à jour des crimes de régime de Pol Pot doit beaucoup au journaliste australien John Pilger et à son film  “Year Zero: The Silent Death Of Cambodia” sorti sur les écrans en 1979. Ce film contribua à informer l’opinion publique internationale de la réalité du pouvoir Khmer Rouge. Ce film est visionnable à l’adresse internet: https://vimeo.com/17634265

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