Journal de Janvier 2017: “Bad News – Last journalists in a Dictatorship” de Anjan Sundaram

16-02-23-1Ce livre de 192 pages, publié aux éditions Bloomsbury en janvier 2016, a été célébré comme un livre fondamental sur le Rwanda, et plus généralement sur la vie dans une dictature, et son auteur, jeune journaliste d’origine indienne, comparé au grand reporter Ryszard Kapuscinski et au prix Nobel de littérature V.S. Naipaul. Des critiques élogieuses absolument justifiées qui disent l’importance de l’ouvrage et la nécessité de sa traduction en Français.

Le Rwanda offre aujourd’hui l’image d’un pays en pleine reconstruction et en forte croissance, paisible et réconcilié, futur Singapour africain, un miracle vingt ans après le génocide contre les Tutsis qui a fait près de 800 000 victimes en cent jours. Des rues d’une propreté helvétique, un ordre et un calme presque ennuyeux, des citoyens souriants et polis qui participent avec application et enthousiasme aux travaux communautaires mensuels au bénéfice de la collectivité. Un havre de paix, dans la région tourmentée des grands lacs africains, qui ravit touristes occidentaux et travailleurs des organisations internationales et humanitaires. Un contributeur essentiel des casques bleus onusiens en Afrique et ailleurs, avec à sa tête, le Président Paul Kagame, célébré comme le libérateur du pays et l’homme providentiel qui a mis fin au génocide de 1994, l’ami de Bill Clinton et de Tony Blair, de l’influent pasteur évangéliste américain Rick Warren, de puissants hommes d’affaires dont le fils de la deuxième fortune mondiale, l’américain Warren Buffet.

Cette image idyllique va peu à peu se fissurer à partir du moment où Anjan Sundaram donne des cours de formation continue à une douzaine de journalistes rwandais (évoqués sous pseudonyme par souci de protection) de 2009 à 2012, et c’est à un passionnant et émouvant voyage au coeur du pays réel, physique et mental, au rythme des pas et des visages d’hommes et de femmes, pour certains admirables de courage, que nous convie le récit de Sundaram.

Gibson d’abord, journaliste chevronné et brillantissime, féru de philosophie allemande, Gibson qui veut traiter de la malnutrition dans le pays mais qui sait le sujet interdit au Rwanda, sous peine d’être arrêté, emprisonné, ou pire encore, Gibson qui écrit un article sur la bonne nutrition des enfants à l’attention des parents. Gibson qui sera suivi, menacé et rendu progressivement paranoïaque jusqu’à la folie par la police secrète du régime…

Moses, rescapé du génocide, qui se désigne comme un “walking dead”, le “mort marchant” au pays des morts, des vivants et des fantômes, celui qui veut écrire sur les crimes du président Kagame, celui qui emmène Sundaram voir des fosses communes non répertoriées, qui dénonce l’instrumentalisation du génocide pour susciter la pitié des nations, et pour entretenir la peur au coeur de chaque Rwandais.

Cato, le journaliste qui abandonne toute éthique et qui trahit ses pairs, qui dénonce à la police secrète, et qui rejoint les journalistes “Intore” (les “jeunes guerriers” sous la monarchie d’avant l’indépendance), ceux qui célèbrent les vertus et la grandeur du Président.

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La journaliste Agnès Uwimana Nkusi (libérée en 2014)

Agnès Uwimana Nkusi, la valeureuse et l’incorruptible, rescapée du génocide et infectée du virus du Sida par ses bourreaux, qui suit les cours de Sundaram jusqu’à sa nouvelle arrestation en 2010, toujours pour “divisionnisme” et “négation du génocide”…

Anjan Sundaram nous emmène sur quelques-unes des mille collines du Rwanda, à la rencontre d’un prisonnier génocidaire qui évoque un Etat dont on ne sait où il commence et où il prend fin, de paysans miséreux et terrifiés qui ont arraché la toiture de paille de leur maisonnette au risque de mourir de maladie, plutôt que de contrevenir à un ordre présidentiel, d’une mère fière d’avoir dénoncé aux autorités son propre fils, exécuté.

Un pays qui n’a pas de presse libre est semblable à un corps qui ne ressent pas les signes d’alerte que constitue la douleur, prévient-il. Loin d’être réconcilié et pacifié, le Rwanda risque de connaître des bouleversements violents et meurtriers…

Anjan Sundaram est aujourd’hui persona non grata au Rwanda.

Aucun des journalistes qu’il a formé en 2009 n’exerce aujourd’hui au Rwanda : certains ont changé de profession, d’autres sont emprisonnés, d’autres encore ont fui le pays, l’un d’entre eux a été assassiné.

La journaliste canadienne Judi Rever, l’opposant en exil David Himbara et trois autres intellectuels, ont été alertés en 2015 par les services intérieurs canadiens que leurs vies étaient menacées, après l’arrivée d’un “escadron de la mort” en provenance du Rwanda.

Aujourd’hui comme hier, les journalistes occidentaux se fondent sur leur coopération et leurs échanges avec les journalistes rwandais pour informer sur la situation au Rwanda.

Le Président Kagame, après un changement de la Constitution voté à plus de 98%, est assuré d’être réélu en 2017 et pourrait rester à la tête du pays jusqu’en 2034.

Les pays occidentaux donnent près d’un milliard de dollars d’aide annuel au Rwanda.

Rose Lallier

 

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2 Responses to Journal de Janvier 2017: “Bad News – Last journalists in a Dictatorship” de Anjan Sundaram

  1. Shan dit :

    Pathetique.. le plus impressionnant c’est toutes ces fables qui accompagnent ce « journaliste, comparé au grand reporter Ryszard Kapuscinski et au prix Nobel de littérature V.S. Naipaul ». A quand le respect de nos morts, pas la moindre empathie à nos douleurs, nous rwandais. Rose Lallier, qui poste cet article, prends soin de te renseigner suffisamment

  2. rlallier dit :

    Anjan Sundaram est journaliste et ses articles sont publiés dans des journaux de langue anglaise tels le New York Times, The Washington Post, Observer, Foreign Policy ou encore Granta et The Guardian.
    Son premier ouvrage consacré à la République Démocratique du Congo, Stringer : A reporter’s journey in the Congo, a été sacré meilleur livre de l’année 2014 par la Royal African Society.
    Son deuxième ouvrage consacré au Rwanda, Bad News : Last journalists in a dictatorship, a été dans les finalistes du prix PEN America et a reçu le prix Victoire Ingabire.

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