L’éditorial du journal de Juillet 2013: « Impossible n’est pas Français »

C’est à Bonaparte qu’on attribue cet aphorisme en forme de défi qui est resté ancré dans notre tradition.

Il nous revient en mémoire à l’occasion de la célébration du jour consacré à la commémoration de l’esclavage le 10 mai 2013. Le Président de la République  a déclaré à cette occasion qu’il était   impossible de réparer les dommages  résultant de l’esclavage et de la traite négrière que la convention abolit en 1794 et que Bonaparte a rétabli en 1802. Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour que, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, la IIe République l’abolisse définitivement, non sans assortir cette abolition d’un dédommagement des colons.

S’il a paru malgré tout possible au Premier Consul de revenir sur l’abolition, et à la République de 1848 d’accorder aux anciens propriétaires d’esclaves la somme de 1200 francs or par esclave, pourquoi serait-il impossible au Président de la Ve République de revenir sur la réparation ? Certes, ce n’était pas une promesse de campagne et nos concitoyens ont aujourd’hui d’autres préoccupations. Ce n’est pas une raison pour s’en désintéresser. Pourquoi ne pas œuvrer en ce sens, sans pour autant ferrailler en justice? La ministre de la Justice nous y encourage, en nous invitant à lui soumettre un texte qui puisse être présenté au Parlement, sous la forme de proposition de loi qui achèverait la tâche entreprise en 2001 par Mme Taubira alors députée de la Guyane, en obtenant du Parlement qu’il reconnaisse l’esclavage comme étant un crime contre l’humanité. Ainsi la loi à laquelle la cour de cassation n’a pas voulu reconnaître de caractère normatif en retrouverait un. Grâce à nous, cela devient “possible”.

On s’est bien penché, en pleine tourmente sur la suppression du mot “race” dans nos codes et dans nos lois, en attendant qu’il soit effacé de la Constitution par le Congrès. L’Assemblée Nationale a voté le 16 mai dernier, à une large majorité cette réforme hautement symbolique. Elle est maintenant soumise au Sénat qui devrait en discuter pendant l’été. Possible ou impossible ? Pour reprendre le propos de Mme le Garde des sceaux “cet acte est particulièrement fort dans la période où nous nous trouvons, puisque nous assistons, depuis quelques mois, ou quelques semaines, à une résurgence du refus de l’autre”.

Pareillement, on vient de faire l’expérience de la première poursuite, au titre de la lutte contre le racisme, qui demeure au cœur de notre législation, pour racisme anti-français ou anti-blanc. On en attend le résultat, mais on s’interroge. Possible ou impossible ? La loi du 1°juillet 1972 que l’on a exportée et dont on a vanté les mérites, était-elle faite pour ça ? A priori non, mais pourquoi pas ? Parce qu’elle ne devrait servir qu’à la défense et à la protection des minorités, des persécutés, des exclus et des victimes de discriminations et pas à la défense de la dignité de tous ? C’est le sens de l’appel contre les ratonnades anti-blancs lancé en mars 2008 par Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner et Pierre-André Taguieff.

Le racisme subsiste dans la loi et dans la réalité sous toutes ses formes, n’a plus besoin d’être identifié par le recours à la notion de race aujourd’hui déconsidérée. Il nous faut donc aussi entendre la voix de ceux qui souffrent de ce racisme là dans certaines banlieues et en milieu scolaire.

La récupération politique grossière qui en a été faite par certains ne doit pas clore la discussion et la réflexion pour autant.

Nous avons depuis l’origine de Mémoire 2000 pris position pour la lutte contre toutes les discriminations, y compris celles qui ne nous sont pas familières, au premier rang desquelles figurent celles qui sont fondées sur la nationalité qui constitue pour chacun un élément incontestable de son identité et donc de sa dignité et nous venons de le démontrer une fois de plus, en adoptant pour l’essentiel, la réforme des statuts de l’association qu’appelaient les multiples réformes législatives intervenues depuis vingt ans en ce domaine.

Alors possible ou impossible ?

Tout au plus peut-on considérer qu’il y a des urgences et des priorités qui doivent retenir notre attention et motiver notre action et ne pas se laisser entrainer à des amalgames politiquement suspects ou à des combats que d’autres sont mieux habilités que nous à engager. Notre vigilance et notre perspicacité ne doivent pas se laisser surprendre, mais notre engagement, sans réserves contre toutes les discriminations doit demeurer sans faille et c’est la raison pour laquelle il nous faut être institutionnellement prêts à agir.

Impossible n’est pas dans le registre de Mémoire 2000.

Bernard Jouanneau

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