L’Éditorial de notre Journal de Janvier 2013: Intolérable indifférence

L’antisémitisme n’est pas mort. On le croyait disparu, évanoui, impraticable effacé. Le voilà qui ressurgit en France, à la Cour de Lyon, aussi brutal, aussi banal qu’avant, sous la plume d’un avocat qui a osé prendre l’ initiative de récuser un magistrat, parce qu’il est juif et que cette appartenance qu’il ne cache pas, suffirait à faire suspecter son impartialité pour connaître d’une affaire de famille dans laquelle l’une des parties est elle même d’ascendance juive.

La honte devrait couvrir d’opprobre cet avocat indigne qui a tout simplement violé son serment et nous espérons qu’il aura à en répondre devant ses pairs, mais aussi devant ses juges. Débouté de son infâme requête et condamné à une amen- de civile, il a entaché la robe qu’il porte et la profession qu’il exerça.

Son égarement marque la résurgence d’un effarant antisémitisme “à la française”*. On n’en veut pas aux juifs de l’être, mais on se méfie d’eux. Mieux vaut les laisser entre eux, se ghettoïser et les tenir à l’ écart de l’ exercice des fonctions publiques en général et de la justice en particulier.

Le magistrat qui s’est vu ainsi pris à partie a déjà subi des attaques de cet ordre qui émanaient de l’association professionnelle des magistrats (APM) sous forme d’un calembour “tant va Lévy au four qu’à la fin il se brûle” qui rappelle celui de J.M. Le Pen “Durafour crématoire”.

L’antisémitisme est donc toujours là. L’histoire, ni les lois, ni les déclarations universelles n’ont réussi à l’éradiquer et l’ apparition triomphante du pouvoir numérique de Google qui permet aux inter nautes de traquer les juifs partout où ils sont en situation d’exercer une influence ou un pouvoir, prend le relais d’un antisémitisme à la mode.

Après les meurtres et les agressions commises au collège Ozar Hatorah, “le Voyage au bout de la nuit” revient en force sur les colonnes Morris et Jean Marie Le Pen est en passe de se voir réhabilité par les auteurs d’ “Une histoire française” Pierre Péan et Philippe Cohen. Le Front National poursuit de ses assiduités, avec des fortunes diverses, les électeurs de la droite décomplexée par l’innovation du racisme anti-blanc qui n’est rien d’autre que le repli identitaire d’une ex-majorité qui s’en prend aux immigrés et qui ose maintenant le dire et en faire un argument de campagne pour s’attribuer la faveur des amateurs de copie.

Au moment où j’écris ces lignes, la nouvelle de cette effarante initiative lyonnaise s’est déjà estompée. On n’en parle même plus sur les réseaux sociaux et pas un seul des 32 candidats aux élections du conseil de l’Ordre des avocats à la cour de Paris n’a dans sa déclaration, évoqué cette situation. Ils préfèrent s’occuper de l’implantation du futur palais de justice ou du barreau entrepreneurial. Le président du CNB et le Batonnier de Lyon relayés par l’avocat d’Albert Lévy qui est aussi le président de la LICRA, ont publié un communiqué aussitôt oublié. Les associations de lutte contre le racisme s’interro- gent, la Chancellerie tergiverse, le syndicat de la magistrature proteste, mais l’APM se tait. Pas un éditorial, pas une bronca de la presse. Tout juste une protestation dans Tribune Juive.

Que faut-il de plus pour réveiller les consciences et les mémoires endormies par les démêlés judiciaires de DSK et dont l’intérêt n’est éveillé que par le trou de la serrure de la suite 2806 du Sofitel de New York et le nombre de 0 figurant sur le chèque qu’aura reçu N. Dialo ?

Il nous revient de réagir pour les autres et pour l’exemple. C’est pourquoi, avec l’accord d’Albert Lévy, j’ai décidé d’en- gager au nom de Mémoire 2000, une poursuite pénale contre cet avocat pour provocation à la discrimination envers une personne, en l’occurrence un magistrat juif, à raison de son origine, de son “ethnie ou de sa race” en espérant que les magistrats qui en seront saisis ne réagiront pas par solidarité, mais pour la défense de l’humanité au nom de la souveraineté nationale dont ils sont les garants.

Bernard Jouanneau

*Pour reprendre l’expression de la Cour de Paris dans un arrêté du 26 mars 1952.
(Dalloz 1952, page 351).

 

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