Journal de Janvier 2013: Ne plus fermer les yeux

mon-frere-ce-terroriste« Mon frère, ce terroriste » 

Abdelghani Merah avec Mohamed Sifaoui (Calmann-Lévy)

On ne naît pas terroriste, on le devient, parodie Abdelghani Merah dans son livre récemment paru Mon frère, ce terroriste. Depuis le 21 mars 2012, jour des attentats de Toulouse, il déclare ne plus trouver le sommeil, hanté par les victimes de son frère. Au même moment, Bernard-Henri Lévy consacre son bloc-notes du Point du 16 novembre dernier, à l’arrivée (au retour ?) de “la marée noire de l’antisémitisme”. Une concordance qui ne doit rien au hasard.

Le livre du “frère de…” est dédié A la mémoire de toutes les victimes du terrorisme.

Abdelghani Merah n’accepte pas. Le jour de l’enterrement de Mohamed, regardant les images du cercueil de son frère diffusées en boucle, il fait un serment, celui d’expliquer pourquoi il était devenu un tueur d’enfants – lui qui les aimait tant. Non, Mohamed n’était pas  “un loup solitaire”, ni un héros, ni même un “valeureux combattant de l’Islam”. C’était un criminel, élevé dans la haine et le racisme. Dès le lendemain de l’attentat, sa mère a déclaré fièrement : les Arabes apprennent, dès leur naissance, à détester les juifs. Et tous les imbéciles haineux sont venus féliciter la famille. C’est alors qu’Abdelghani Merah a voulu laver son honneur en livrant ce témoignage en espérant qu’il serve la société et qu’il la pousse aussi à réfléchir sur elle-même, car, qu’on le veuille on non Mohamed Merah est le produit de notre société, le résultat d’un éducation, et de la lâcheté de ceux qui n’ont pas réagi à temps.

Mon frère, constate-t-il, avant de sombrer dans le fanatisme, a vécu dans un environnement familial qui au mieux le prédestinait à la délinquance, au pire au terrorisme, dans un enfermement à la fois social, culturel, religieux et économique qui l’a mené tout droit à l’intégrisme puis au salafisme, qui donne aux ténors d’extrême-droite l’occasion de dénoncer toute personne d’origine maghrébine ou de religion musulmane comme dangereuse.

Le “frère de…” lui, a suivi une trajectoire personnelle, et fait des rencontres qui lui ont permis de sortir du ghetto. Il s’est construit en opposition avec sa famille, sa compagne se fait parfois traiter de “sale juive”, ils ont élevé leur fils dans le rejet de tout racisme. Ce livre scelle une rupture définitive avec l’enfermement qu’il a souvent du subir et qui l’a confronté à un perpétuel choc de valeurs, entre les racistes au nom de l’Islam et les racistes au nom de la nation.

Il se sent coupable : il a regardé monter la fascination de son frère pour les talibans et les membres d’Al-Qaïda, et il n’a rien dit. Aujourd’hui, il maudit chaque jour les idéologues autoproclamés et espère que son témoignage contribuera à refuser toute excuse à l’intégrisme et à ouvrir les yeux des uns et des autres, au lieu de les fermer au nom d’un quelconque lien familial.

Il répond ainsi peut-être à Bernard-Henri Lévy qui s’interroge sur le retour des grands clichés – le juif riche, maître du monde – et du refoulé, qu’il soit traditionnel ou nazi. L’antisémitisme nouveau est arrivé, avec ses contorsions médiatiques. Exemple entre mille autres : le pseudo-film islamophobe attribué naturellement à un “intégriste israélien”. Faut-t-il rappeler qu’il s’agissait d’un copte égyptien ? Faut-il exiger des excuses ? Est-ce bien nécessaire au moment où BHL invente la formule : Mohamed Merah plus Edouard Drumont, cocktail explosif à examiner de près ?

Oui la République a abandonné ses banlieues, oui la prison s’avère de plus en plus criminogène, oui la haine de la France, de la République, de l’Occident s’affichent au grand jour, mais ce sont les Juifs  qui sont visés. Les cellules combattantes s’attaquent aux synagogues, magasins, écoles, cimetières. Elles ignorent les églises, les temples, les symboles républicains. Le nier, c’est ajouter l’ignominie à l’ignominie, le crime au crime.

Si l’immense majorité des fidèles n’y est pour rien, nous attendons une condamnation sans appel, une déclaration solennelle, une manifestation de républicains musulmans.

C’est ce qu’a fait, avec courage, à ses risques et périls, le “frère de…”, dans son livre-thérapie en rejetant son éducation.

L’espoir pourrait-il alors venir de l’imam de Drancy qui, au lendemain des fières revendications de Souad Merah glorifiant la mort en martyr de son frère, a déclaré : “J’ai demandé pardon au nom de l’Islam” ?

Colette Gutman

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