Journal d’Avril 2011 : les révolutions des peuples arabes ou le désir universel de la démocratie

Nul ne sait quelle sera l’évolution à court terme des pays arabes dont les citoyens se révoltent depuis le début de cette année 2011, au moment où une coalition mandatée par l’ONU instaure une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye, le roi Mohammed VI annonce une transition vers une monarchie constitutionnelle au Maroc, les manifestations contre la dictature de la minorité alaouite se multiplient en Syrie, le pouvoir du président yéménite est prêt de s’effondrer, les armées d’Arabie Saoudite et des Emirats interviennent militairement à Barheïn en faveur de la monarchie sunnite contestée par la majorité chiite soutenue par l’Iran… Mais chacun pressent que ces peuples, en bravant la peur qu’inspiraient des dictatures qui emprisonnaient, pratiquaient la torture et exécutaient arbitrairement, ont franchi un pas décisif vers l’instauration de régimes démocratiques respectueux des droits de la personne humaine.

Ces “printemps arabes” constituent d’abord un formidable renversement des préjugés que ces peuples, et le monde, pouvaient entretenir à leur endroit. Loin du cliché de la “rue arabe” violente et majoritairement masculine, nous avons assisté à des manifestations pacifiques, où les femmes manifestent aux côtés des hommes. Loin du cliché de la passivité et de la soumission au chef, nous avons découvert des manifestants qui par centaines ou dizaine de milliers en Tunisie, en Egypte, mais aussi en Libye, en Syrie, à Barheïn ou au Yémen, réclament avec détermination et courage la destitution de dictateurs violents et corrompus. Nous avons entendu ces manifestants de tous âges et de toutes conditions exiger l’avènement d’un régime démocratique mettant fin à la violence et à l’arbitraire policier, à la corruption et au népotisme, à l’absence de la liberté de la presse, à la confusion des pouvoirs… La révolte des peuples arabes est d’abord l’expression de leur désir démocratique et leur aspiration à vivre dans la liberté et la dignité.

Le monde a découvert des sociétés qui ont profondément muté au cours des dernières décennies. Les jeunes femmes sont souvent éduquées (avec une situation particulièrement enviable pour les Tunisiennes grâce à Bourguiba). Ces sociétés jeunes ont achevé leur transition démographique pour les pays du Maghreb ou sont en voie de l’achever pour les pays du Golfe. Les jeunesses de ces pays, jusqu’alors confrontées à un chômage massif et à l’absence de perspectives, aspirent à une forte croissance économique sur le modèle des pays asiatiques, avec une dimension entrepreneuriale pour les jeunes diplômés et une dimension de luttes syndicales et de défense des droits des travailleurs pour les nombreux ouvriers tunisiens ou égyptiens pour ne citer que ces derniers. Ces jeunesses, informées grâce à internet de la marche du monde, aspirent à la reconnaissance et au libre exercice des droits individuels de chaque citoyen.

Ces révolutions marquent aussi la fin de la période des décolonisations et du rapport obsessionnel aux anciens colonisateurs. Les Tunisiens de la révolution du Jasmin, les Egyptiens de la place Tahrir, les Libyens de Benghazi se sont rassemblés autour de leur drapeau national et ont manifesté une fierté patriotique réjouissante, de celle qui permet de dépasser les antagonismes et les particularismes, de celle qui permet de constituer une nation et demain, espérons le, un Etat de droit, en rassemblant tous les citoyens, par delà leurs différences. Nous songeons évidemment aux musulmans et aux coptes d’Egypte. Ce n’est pas la désignation d’un ennemi extérieur, les Etats-Unis ou Israël, ou d’un bouc émissaire intérieur, qui a réuni les manifestants arabes, c’est bien leur ferveur patriotique. Et si la question du sort réservé aux minorités religieuses chrétienne et juive reste en suspend -et nul doute que cette question sera décisive dans l’évolution véritablement démocratique de ces pays- les appels à l’union nationale qui transcende les communautarismes et les différences religieuses sont de bon augure.

Les révolutions arabes portent aussi l’espoir d’une évolution positive des antagonismes réels ou fantasmés qui opposent le monde occidental et les pays musulmans. La théorie mortifère du choc des civilisations est sérieusement remise en question, au moment où un président américain légaliste et charismatique marginalise les néoconservateurs et promeut une politique favorable à la coopération internationale et au multilatéralisme des Nations Unies. La République Islamique d’Iran est aujourd’hui fragilisée, les manifestants des pays arabes n’aspirant visiblement pas à une théocratie islamique, dont le régime iranien donne une image désastreuse après la répression sanglante des manifestations de 2009. Le mouvements des frères musulmans, en Tunisie, en Egypte et ailleurs, ont été “suivistes” et largement dépassés par l’ampleur et les aspirations démocratiques des manifestations. Il convient également de remarquer que la nébuleuse terroriste Al Qaeda est totalement absente des révolutions en cours et que la rhétorique du Jihad contre l’Occident ne se manifeste dans aucun pays. Les révolutions arabes, enfin, permettent d’espérer l’avènement d’un monde plus démocratique et plus solidaire.

Ce sont bien les citoyens et les peuples qui sont les acteurs des révolutions arabes, mais la révolution technologique actuelle, internet avec Facebook et Twitter, ont facilité les rassemblements spontanés, déjouant la censure et la répression policière. Les régimes autoritaires ne peuvent désormais plus pratiquer la censure absolue, une leçon que les dirigeants chinois notamment ont entendue…

Les effets positifs de la mondialisation dans ce qu’elle comporte de meilleurs sont à l’oeuvre dans les révolutions en cours. L’ouverture aux autres cultures, l’aspiration de chacun à un niveau de vie qui garantisse les droits les plus essentiels et de vivre dans un régime démocratique. Nul doute que les diasporas du Maghreb et du Moyen Orient ont eu un effet positif sur les mentalités et les aspirations de leurs compatriotes restés au pays.  Les effets négatifs de la mondialisation sont aussi présents, avec la crise économique et l’inflation des prix des matières agricoles générée pour partie par une spéculation financière dérégulée. Ces effets posent la question du renforcement de la coopération internationale et d’une meilleure régulation mondiale. Autant de responsabilités que les dirigeants politiques devront assumer, avec une mention particulière pour les problèmes de l’eau, aïgus en Egypte, qui en appellent à la solidarité et à la coopération régionale.

Au moment où les droites extrémistes, xénophobes et répressives, progressent en Europe, les révolutions arabes éclairent l’avenir du monde. Les peuples auront à choisir entre le repli égoïste et la peur, la solidarité et l’édification de sociétés plus libres et plus justes….

Les jeunesses arabes nous donnent une leçon d’optimisme et d’espoir.

Rose Lallier

 

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