Compte-rendu du colloque sur «l’art, la science et l’expert», organisé à la Maison du Barreau le 10 février 2011

Le beau, le juste, le vrai

Un grand merci à Maître Bernard Jouanneau d’avoir convié les membres de l’association «Mémoire 2000» à participer au passionnant colloque : « l’art, la science et l’expert », organisé à la Maison du Barreau le 10 février dernier.

L’allégorie de l’esclavage, représentée par la négresse de Carpeaux : «la négresse, avec la corde qui lui attache le dos et lui froisse les seins, lève au ciel la seule chose encore libre : son regard désespéré et accusateur à la fois» disait Théophile Gautier, fut le fil conducteur symbolique de cette journée.

Tout au long de ce colloque, nous avons pris conscience du questionnement du magistrat, de l’avocat, qui s’en remettent, le plus souvent à leur «intime conviction», alors que la rigueur de la science et des techniques modernes implacables, opposent un verdict rédhibitoire.

C’est ainsi que des experts tels Stéphane Théfo d’Interpol, qui lutte contre le trafic illicite des biens culturels, ou Ian Lanson de Scotland Yard, ont exposé toutes les nouvelles techniques d’analyses mises à la disposition des spécialistes : thermoluminescence, microscope à balayage, scanner, faisceau à particules (utilisé par Philippe Walter, directeur de recherche au CNRS). L’intérêt de ces méthodes sophistiquées est qu’elles n’altèrent pas les oeuvres d’art et donnent en quelques minutes l’origine et la date de l’oeuvre, s’opposant aux analyses stylistiques,qui ouvrent parfois le feu du débat judiciaire! Exemple : la sculpture égyptienne de «Sésostis III», achetée 4,6 millions de francs par le Louvre, s’est avérée de facture moderne quelques années plus tard!

Mais, «il n’y a pas de vérité judiciaire absolue qui s’oppose à la vérité scientifique absolue». L’important est d’apprendre à se parler, à partager cette richesse du savoir.

« Savoir que le Savoir peut ne pas savoir, demeure le plus grand Savoir » Tchouang Tseu .

En synthèse, Anne Bouquillon (chercheuse au C2RMF) a justement commenté que «la révélation de l’authenticité passe par les savoirs croisés», ce qui devrait être la notion partagée par tous.

Tout au long de cette journée, on découvrait la difficulté du juge qui est «au carrefour de toutes les tensions de la société» (Marie-Christine Courboulay), celle aussi de l’avocat qui voit, évalue, mais peut se tromper comme tout un chacun (l’oeil ne voit que ce qu’il regarde et il ne regarde que ce qui est déjà dans l’esprit.) Apprendre à voir avec un oeil responsable, apprendre à communiquer, telles ont été les valeurs particulièrement soulignées. L’art est devenu une valeur transcendantale, au-delà de nous même, «l’art porte les valeurs de l’humain», ce qui est rassurant et fondamental.

Joëlle Saunière

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