Notre Journal de juillet 2010: La montée du nationalisme et de l’extrémisme en Hongrie menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale

Défilé du parti Jobbik en Hongrie, 2010 La droite nationaliste hongroise a gagné les élections de mai 2010 et l’arithmétique électorale révèle une inquiétante montée de l’extrême droite. Le parti Jobbik, raciste, antisémite et souhaitant la restauration de la grande Hongrie, a recueilli 16.70% des votes. Le parti de droite Fidesz a recueilli 53% des voix et le tiers de son électorat est idéologiquement proche du parti Jobbik. Ces résultats sont très inquiétants dans un pays qui compte une communauté juive de près de 100 000 personnes et une communauté Rom de près de 800 000 personnes.

Une politique dangereuse et revancharde

Au moins aussi inquiétante est la surenchère nationaliste entre la droite et l’extrême droite qui menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale. Le parlement a voté en mai dernier à la quasi-unanimité une loi accordant la nationalité hongroise aux trois millions et demi d’habitants d’origine magyare qui vivent dans les pays voisins depuis le traité de Trianon du 4 juin 1920. Ce traité priva le pays des deux tiers de son territoire et de la moitié de sa population. A Budapest, il s’agit officiellement d’effacer “la honte du Traité de Trianon” et de proposer une “compensation morale symbolique” aux Hongrois d’origine qui ont été coupés de leur famille et de leur patrie.

Si la Roumanie, la Serbie et la Croatie n’ont guère réagi, la Slovaquie qui compte près 10% de sa population d’origine hongroise, a condamné cette loi et menacé ses ressortissants d’être déchus de leur nationalité s’ils optaient pour la nationalité hongroise. Fort heureusement, les 550 000 Slovaques d’origine hongroise ont très majoritairement confirmé leur attachement à la Slovaquie, moins de 5% souhaitant changer de nationalité, et les Slovaques dans leur ensemble n’ont pas cédé à la provocation puisqu’une coalition démocrate et centriste a gagné les élections législatives du 12 juin dernier et que l’extrême droite slovaque a recueilli moins de 5% des voix.

Mais la récente décision du gouvernement hongrois de faire du 4 juin une journée officielle de commémoration de l’éclatement de la grande Hongrie devrait empoisonner les relations avec les Slovaques dans les années à venir.

Le parti Jobbik et sa vision messianique de la Hongrie

Autre dérive délétère, celle du parti Jobbik qui s’enfonce dans un extrémisme religieux ouvertement hostile aux juifs hongrois. Avant leur entrée au Parlement, ses élus ont ostensiblement prié dans le temple calviniste dit du retour au pays dont le pasteur, Lorant Hegedüs, a défrayé la chronique en déclarant en 2002 “nous devons parquer les juifs à part parce que sinon, ils prendront notre place”. Il fut heureusement condamné à la prison avec sursis pour ses déclarations, ce qui ne l’a pas empêché d’accueillir le négationniste britannique David Irving et de lui apporter son soutien implicite.

Un risque de déstabilisation économique et social

Et la situation pourrait se dégrader encore, tant les dynamiques économiques et sociales sont négatives en Hongrie. Les partis du centre et de la gauche sont discrédités par leur mauvaise gestion économique et la corruption endémique qui sévit dans le pays. Quant au nouveau premier ministre Viktor Orban, un leader démagogue et populiste, il a été élu sur des promesses électorales irréalistes.

La Hongrie traverse une très grave crise économique depuis 2006. Malgré une importante aide financière du FMI et de l’Union Européenne, la récession n’est pas endiguée et la récente dévaluation du Forint a rendu la situation financière quasi intenable. Le pays risque un défaut de paiement et de nombreux Hongrois sont incapables de rembourser les emprunts qu’ils ont contractés en euro. Viktor Orban sera contraint de prendre des mesures d’austérité très douloureuses. Les déceptions à venir risquent de faire le jeu du parti Jobbik, et d’aggraver la situation pour les communautés juive et rom, déjà accusées d’être responsables de la crise.

Le silence assourdissant de l’U.E

Quid de l’Union Européenne dont la Hongrie est membre depuis 2004? La Commission réagit pour le moment par un silence assourdissant… Le ministre hongrois des affaires étrangères veut faire de la diversité culturelle et linguistique en Europe un axe de la présidence hongroise de l’UE en janvier 2011.

A l’heure où les mouvements extrémistes et régionalistes progressent, espérons que l’Union Européenne saura réaffirmer ses valeurs démocratiques — en particulier le respect du droit des minorités — et rappeler que le projet européen s’est construit sur les ruines d’une Europe qui avait succombé aux sirènes mortifères du nationalisme et de la haine de l’autre.

Rose Lallier

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