Initiative populaire contre… le rituel israélite

Paru dans le Journal de Janvier 2010

Les Suisses viennnent d’exprimer leur hostilité aux minarets par votation. En 1893, ils en firent de même contre “les pratiques israélites d’abattage des animaux”.

L’initiative populaire est un droit suisse qui permet à des citoyens de proposer un texte ou une modification de la constitution. Le texte est ensuite soumis à une votation populaire qui l’acceptera ou non.

En fait, le peuple a rarement accepté les initiatives qui lui ont été soumises : sur 160 initiatives ayant fait l’objet d’un vote, seules 17 ont été acceptées. La toute première initiative populaire en Suisse eut lieu en août 1893, deux ans après avoir été introduite dans la constitution.

Selon le journal Le Temps, les défenseurs d’animaux et des courants antisémites s’unirent pour faire introduire dans la constitution un nouvel article, interdisant expressement de “saigner les animaux de boucherie sans les avoir étourdis préalablement”. Le lendemain du scrutin, la Gazette de Genève accusa “les marchands et usuriers juifs”, qu’elle traita “d’engeance”.

Les deux premières communes juives suisses, Endingen et Lengnau, avaient eu le droit de garder leur rite pour faire de la viande cacher en 1854, par une exception cantonale. Les problèmes commencèrent lorsque d’autres cantons refusèrent ce droit à d’autres communes, qui se tournèrent vers le conseil fédéral. Celui-ci ordonna une enquête approfondie, qui ne put prouver que les animaux abattus selon le rite hébaïque souffraient plus que les autres. Le conseil se tourna alors vers d’autres pays, mais aucun ne s’offusqua de cette pratique. Seule, la Grande-Bretagne avait tenté une interdiction, mais les  tribunaux n’avaient pas voulu se prononcer.

Pour trouver une solution pacifique, le rabbin Joseph Wertheimer, à Genève, se mit d’accord avec la SPA de la ville pour un rituel moins douloureux, le rendant en particulier moins long. Le conseil fédéral s’en félicita.

Cependant, les autres SPA dénoncèrent un compromis piégé, et mobilisèrent leurs troupes contre les “bouchers juifs”. Le conflit se termina dans les urnes, et une large majorité vota en faveur de l’interdiction de ce rituel barbare. Cette interdiction est toujours en vigueur en Suisse aujourd’hui, comme en Suède – les deux seuls pays européens à la maintenir.

A cette restriction près, la Suisse accueille aujourd’hui librement les juifs, qui peuvent s’installer où ils veulent et ont les mêmes droits que les citoyens chrétiens. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les juifs suisses furent parmi les derniers en Europe à obtenir l’égalité politique en 1866, après une forte pression étrangère.

Enfin, pendant la guerre plusieurs milliers de réfugiés juifs furent réfoulés, des comptes spoliés, des oeuvres d’art volés…

La “barque était pleine”, comme le dévoila le film de Markus Imhoof en 1981.

–Vibeke Knoop

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