Un pape révisionniste

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La décision de Benoît XVI représente une gifle non seulement pour les victimes juives de la Shoah mais aussi pour toutes les victimes de violences racistes et de génocides.

Contrairement à la présentation médiatique influencée par les thuriféraires de la papauté, il ne s’agit pas d’une obscure querelle entre le Vatican et les organisations juives mais d’une question qui interpelle toute l’humanité : peut-on béatifier ou même absoudre une personne d’autorité, qui par son attitude permet que soient commis des génocides ou des crimes de masse ?

En effet, selon Benoît XVI, le pape Pie XII, qui sans contestation était parfaitement averti du génocide nazi et qui a choisi de ne pas le dénoncer, serait donc un saint.

Pour parfaire l’ignominie, le pape a fait annoncer sa décision un samedi, jour sacré de shabbat pour les Juifs ; il s’agissait sans doute pour lui de retarder de 24h les protestations attendues, mais on notera une fois de plus l’absence du plus élémentaire respect chez ce prélat réactionnaire.

Il l’avait déjà démontré abondamment, notamment par ses propos contre le préservatif lors de sa visite en Afrique, lors de son discours anti-islam à Ratisbonne, ou lors de la réintégration dans l’Eglise officielle de l’évêque négationniste Williamson il y a moins d’un an (voir nos articles précédents notamment Benoît XVI et son évêque négationniste)

Le contexte d’émotion internationale après le vol du panneau « Arbeit Macht Frei » à l’entrée du camp d’Auschwitz n’a pas davantage freiné la décision papale, mais sans doute le pape prétendra-t-il ne pas avoir été informé comme lors de l’affaire Williamson.

Benoît XVI vient aussi de bafouer les promesses qu’il avait fait de retarder la décision concernant Pie XII jusqu’à l’ouverture des archives encore closes du Vatican. Il est nécessaire de rappeler qu’une Commission internationale d’historiens juifs et catholiques, avait été instituée par les instances du Vatican, en octobre 1999. Ces experts devaient passer en revue les dix-huit volumes des « Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la seconde guerre mondiale ». L’Eglise espérait ainsi lever la majorité des soupçons déshonorants qui pesaient sur Pie XII. Pourtant, un an, plus tard, les membres de cette Commission remettaient un rapport « accablant » sur l’attitude de l’Église pendant la Shoah. La discorde s’installa entre les experts juifs et ceux du Vatican, particulièrement le jésuite Peter Gumpel, qui prétendaient que les experts n’avaient pas étudié sérieusement les volumes en question, tandis que ces historiens exigeaient des documents, dont leur lecture des Actes en question leur avait révélé qu’ils n’avaient pas été mis à leur disposition.

En juillet 2001, lassés et irrités des difficultés, voire de l’obstruction auxquelles se heurtaient leurs demandes, ils décidèrent, de suspendre leurs travaux.

Pie XII a débuté sa carrière internationale à partir d’Avril 1917 en tant que nonce à Munich, alors que s’y déroulaient de violents affrontement entre la gauche et l’extrême-droite militaire et pré-nazie.

Sa correspondance d’alors avec le Vatican fourmille de références hostiles aux « juifs révolutionnaires ».

Plus tard il s’associe aussi à la campagne de dénigrement, orchestrée par les nazis et reprise dans Mein Kampf, contre les soldats noirs de l’armée française, stationnés dans leur pays, accusés de répandre la syphilis.

Le futur Pie XII appuie leur protestation et l’adresse au Vatican pour supplier Pie XI, le pape d’alors, d’agir au plus vite, afin de sensibiliser le monde à cette « honte noire », et d’obtenir des autorités françaises« le retrait des troupes françaises de couleur ».

Il y revient le 26 janvier 1944, deux mois après le début de la campagne d’Italie. Alors que les armées alliées font route vers Rome, le pape Pie XII dépêche son Secrétaire d’Etat, le cardinal Maglione, auprès de l’ambassadeur de Grande-Bretagne, sir Osborne, pour lui présenter la requête suivante :

« Le pape espère qu’il n’y aura pas de soldats de couleur au sein des troupes alliées qui seront déployées à Rome après la libération ».

La demande du pape vise, non seulement les soldats afro-antillais et noirs américains, mais aussi algériens et marocains, soit une grande partie des troupes engagées dans la reconquête de Rome, alors aux mains des nazis. (In« Et si Dieu n’aimait pas les Noirs : Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican » S.Bilé et A. Ignace, éd. Pascal Galodé).

Concernant la Shoah, le silence assourdissant de Pie XII a eu des conséquences pratiques catastrophiques dans toute l’Europe : en Slovaquie et Croatie ce sont des dictatures catholiques dirigées qui ont mis en oeuvre la Solution Finale.( voir notre article Danger négationniste à l’Est de l’Europe )

En France, l’Eglise catholique, qui en 1940 était au courant du statut des Juifs en préparation, ne dit pas un mot. Pire, l’assemblée des cardinaux et des évêques se félicita en août 1940 des limites imposées aux Juifs du pays, et aucun membre de la hiérarchie catholique n’exerça la moindre protestation concernant les statuts imposés aux Juifs d’octobre 1940 et de juin 1941. En Allemagne même, quand l’archevêque catholique de Berlin, Preysing, demanda à deux ou trois de ses collègues de préparer un texte de protestation, le primat de l’Eglise allemande, le cardinal archevêque de Breslau, Bertram, s’opposa au projet. Le même ordonnera en mai 1945 de dire des messes de requiem en l’honneur d’Hitler, qui s’était récemment suicidé.

Pie XII n’était pas un antisémite forcené mais il ne portait aucun intérêt au sort des Juifs. Bien qu’informé très précisément du génocide des Juifs d’Europe, il s’abstint de protester pour ne pas embarrasser l’Allemagne nazie, en qui il voyait le seul rempart possible contre le « bolchevisme ».

Ce calcul diplomatique et politique le conduisit à garder le silence, alors qu’il prit ouvertement la parole pour évoquer le sort tragique des Polonais catholiques.

Ainsi, lorsque les Juifs de Rome furent massivement déportés en octobre 1943, l’ambassadeur du Troisième Reich auprès du Vatican, Von Weiszäcker expédia une note à sa chancellerie, dans laquelle l’ambassadeur se félicite que « bien que pressé de toutes parts, le Pape ne s’est laissé entraîner à aucune réprobation démonstrative de la déportation des Juifs de Rome […] Il a également tout fait dans cette question délicate pour ne pas mettre à l’épreuve les relations avec le gouvernement allemand »(in Le Bréviaire de la haine L. Poliakov. Livre de Poche réédité chez Presses Pocket en 1993)

À la fin de la guerre Pie XII couvrira les filières organisées par la haute hiérarchie romaine pour aider et évacuer dignitaires nazis. Grâce à ces réseaux, dirigés par l’évêque Hudal, le curé croate Draganovic et le cardinal Montini, futur pape Paul VI, de très nombreux criminels tels que Eichman, Mengele, Aloïs Bruner, Stangl… et Paul Touvier purent s’enfuir et échapper aux poursuites.

Pie XII a aussi ordonné à l’Église de France de ne pas rendre à leurs parents les enfants juifs cachés, comme le prouve une lettre datée du 20 novembre 1946. Ces enfants avaient été confiés aux institutions catholiques pour les sauver des nazis, mais après la guerre, elles ont reçu pour consigne de ne les rendre que s’ils n’avaient pas encore été baptisés catholiques.

Cet ordre explicite figure dans le courrier adressé au nonce Roncalli, le futur pape Jean XXIII, qui représentait alors le Vatican à Paris.

« Veuillez noter que cette décision a été approuvée par le Saint-père » souligne la lettre, faisant référence à Pie XII. Elle ordonne, entre autres choses, que les enfants baptisés « ne soient pas confiés à des institutions qui ne leur garantissent pas une éducation chrétienne. » Quant aux orphelins non baptisés, l’Église ne devait en aucun cas les confier « à des personnes qui n’ont pas de droits sur eux. »

Un pape ultra-réactionnaire.

En désignant Benoît XVI la haute hiérarchie de l’Eglise a fait le choix d’un pape déterminé à mener le combat du retour vers la tradition autoritaire du catholicisme. Il ne cesse de confirmer l’orientation « restaurationniste » et réactionnaire qu’il entend donner à son pontificat.

Quand il était cardinal Ratzinger, Benoît XVI estimait déjà que le concile « rénovateur » Vatican II n’était qu’une parenthèse.

Il a ouvert la porte de l’Église à des intégristes membres de la Légion du Christ, de l’Opus Dei et à des traditionalistes.

Benoît XVI a, pendant l’été 2007, reçu à sa résidence de Castel Gondolfo le directeur de la radio antisémite polonaise Radio Marya (voir nos articles précédents dont Pologne : le gouvernement et les évêques pour la radio antisémite ) et l’a publiquement félicité pour « l’ensemble de son activité ». 
 Il a ainsi apporte un soutien marqué au père Rydzyk qui s’illustre par ses diatribes antisémites, homophobes, anti-IVG et xénophobes.

Le pape ne néglige pas la dénonciation de l’Islam. Ainsi lors de son fameux discours de Ratisbonne en 2006, il avait cité un auteur byzantin et déclaré : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines… »

Sans doute avait-il préparé ce discours en recevant en Septembre 2005, Oriana Fallaci, propagandiste de la dénonciation des musulmans. À la mort de cette dernière, le cardinal Ruini, bras droit du pape en Italie en tant que président de la conférence épiscopale, avait rendu hommage à son « courage », sa « force morale » et son « engagement ».

Son insensibilité à l’égard de la Shoah remonte à loin.

Alors que le futur pape fut ordonné prêtre en Allemagne en 1951, six ans après la fin de la guerre et de la Shoah, il ne fait aucune allusion à cet événement dans sa réflexion religieuse et ses écrits en vue de la prêtrise. Sa proximité avec les courants catholiques intégristes porte au point d’exiger lors de son déplacement à Paris en Septembre 2008 de porter des vêtements et objets liturgiques provenant de l’abbaye provençale du Barroux dirigée par des prêtres d’extrême-droite.

Le processus de béatification de Pie XII est une infamie.

On ne peut pas se contenter de déclarations. Les organisations qui se réclament de la lutte contre le négationnisme et l’antisémitisme ont la responsabilité d’organiser une réelle campagne publique contre la décision du pape.

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