« L’Antisémitisme à gauche, histoire d’un paradoxe de 1830 à nos jours » de Michel Dreyfus

TRIBUNE & IDÉES HISTOIRE de l’Humanité :

Un paradoxe qui déchire la gauche depuis 1830
Michel Dreyfus montre comment des formes d’hostilité aux juifs ont pu coexister avec les combats pour l’émancipation humaine.
L’Antisémitisme à gauche, histoire d’un paradoxe de 1830 à nos jours, de Michel Dreyfus. Éditions la Découverte, 2009, 346 pages, 23 euros.

« Sujet peu exploré » et « histoire délicate » que celle de l’antisémitisme à gauche, d’après l’auteur qui se définit lui-même comme un « historien de gauche, juif et laïque ». L’étude est minutieuse, et porte avant tout sur le socialisme, le communisme, l’anarchisme et les différents mouvements d’extrême gauche. M. Dreyfus a utilisé l’abondante littérature déjà publiée depuis une vingtaine d’années sur l’antisémitisme et il y ajoute l’apport de recherches personnelles, notamment dans la presse d’extrême gauche (la Révolution prolétarienne, Libertaire, Voix de la paix, etc.). Il rappelle des règles de méthode : d’une part, l’Holocauste a modifié de façon radicale, surtout depuis 1980, la sensibilité à cette question.

Il faut prendre en compte le changement de ton de la presse, beaucoup plus violente autrefois qu’aujourd’hui. Il existe enfin diverses formes, à ne pas confondre, d’antisémitisme ou de judéophobie : l’antijudaïsme de tradition chrétienne qui imprègne les mentalités, même à gauche ; l’antisémitisme économique (les juifs manieurs d’argent, symbolisés par la famille Rothschild) ; l’antisémitisme racial, apparu plus tardivement ; l’hostilité aux juifs, comploteurs, visant à la domination mondiale, voire fauteurs de guerre ; et, après l’Holocauste, le négationnisme. Plus ou moins, ces divers aspects ont affecté des hommes ou des mouvements à gauche et surtout à l’extrême gauche.

L’auteur traque parfois l’antisémitisme jusqu’aux relents ou aux soupçons. Les fluctuations de l’antisémitisme à gauche sont importantes. L’affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle, a alerté la gauche sur ses dangers, mais le pacifisme inconditionnel des années 1930 l’a ranimé. Après la Libération, le recul de l’antisémitisme est général à gauche et la plupart de ceux qui le propagent encore appartiennent à des franges marginales (les Rassinier, Guillaume et autres). L’antisionisme, qui a des motivations différentes, est étudié dans le dernier chapitre. Au total, Michel Dreyfus estime que, s’il y a eu parfois un antisémitisme à gauche, il n’y a pas d’antisémitisme de gauche.

Face aux accusations portées contre la gauche d’être responsable des manifestations antisémites récentes, il estime qu’elles « font fi de toute vérité historique ».

–Raymond Huard, historien

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